Dimanche 4 avril 2021 PÂQUES

LA VIE A TOUT VA. PÂQUES 2021

 

 « C'est bon que vous soyez là.

Maintenant nous allons pouvoir nous taire ensemble. »

C'est le compositeur Schumann qui disait cela à ceux venus l'écouter.

 

Alors, à vous toutes et vous tous présents aujourd'hui, oui, vraiment,

c'est bon que vous soyez là !

Que nous soyons là !

 

Protégés par la distance de rigueur, par nos désormais habituels « gestes barrières »...

 

Et si, ensemble,...nous osions ?

 

Si nous en profitions pour escalader hardiment la barrière de nos gestes ?

De nos gestes connus, de nos habitudes, de nos certitudes ?

 

Alors...Approchez !

 

Ecoutez !

Vous entendez ?

Comme elle bat, comme elle bat et bat encore...la Vie !

Ecoutez donc comme elle pulse !

Dans les têtes, dans les cœurs, dans les corps...

Regardez là dans les regards...Elle est là, non ?

 

D'accord, aujourd'hui elle se cache un peu parfois, il arrive qu'elle se détourne un moment...mais c'est sans doute de la pudeur...

Sentez !

Sentez donc comme elle vibre !

Comme elle pousse envers et contre tout, dans les salons, dans les cuisines, dans les jardins, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les bois, dans les rues...

Ah, c'est sûr, par les temps qui courent, elle court un peu moins avec le temps...

 

Regardez !

La voilà qui s'échappe de nos agendas, de nos horaires, de nos plannings...

La voilà soudain qui prend du poids !

 

Voilà notre vie qui s'élargit en existence !

 

Aïe...elle vient nous cogner !

Elle nous bouscule, elle nous secoue...

Nous bouleverse aussi.

 

Nous nous savions partis pour quelques tours gratuits sur son vertigineux

manège...

Peut-être avions-nous oublié que ce manège pouvait nous étourdir...

Peut-être avions-nous oublié qu'il nous faudrait tôt ou tard descendre du manège...

 

Nous, petits maillons fragiles entre les morts et ceux à naître...

 

Quelle aventure que notre participation au monde !

Voilà que même nos aurevoirs à ceux qui participent au monde en même temps que nous sont eux aussi bousculés !

Nous plongeant dans une infinie tristesse.

Voilà que des tas de participants au monde en même temps que nous se retrouvent cabossés dans leurs corps, dans leurs têtes...

 

Pendant ce temps-là, notre monde, lui, se met à nous relier.

Les uns aux autres.

Vivement. Intimement.

 

Quel que soit notre pays, notre langue, notre couleur de peau, nous tombons pareillement malades, nous avons pareillement peur, et pareillement nous mourons...

 

« Y'a pas d'avance, on a beau faire, c'est comme ça » dira l'une ou l'autre de nos voisines.

 

Pourtant, au moment du péril, certains n'hésitent pas à raisonner en termes de fermeture, d'exclusion, de nations, de frontières...

 

« Tracasse pas, ils se retrouveront Gros Jean comme devant » dira l'un ou l'autre de nos voisins.

 

C'était peut-être ça être confiné.

Partir aux confins...

 

Aux confins de nos maisons, notre grenier, notre cave...

Aux confins de nos jardins, là-bas tout au bout où l'on ne va jamais...

 

Et partir aux confins de notre vie...tout au bord, là où elle s'élargit en existence !

Là où elle nous relie intimement les uns aux autres.                                 Où elle nous relie à plus grand que nous !

 

Comment la petite parcelle de terre sur laquelle je vis est-elle reliée à plus grand que moi ?

 

A plus grand que moi par le haut : l'air, les nuages, les étoiles, la lune, le soleil, le cosmos, Dieu... ?

A plus grand que moi par le bas : la terre, ce qui y pousse, ce qui y meurt, ses strates, ses morts, toutes les traces de participation au monde depuis la nuit des temps.

Et enfin, à plus grand que moi par le tout autour de moi : tous ces visages, ces regards rencontrés hier, aujourd'hui, demain...

 

Si vous accompagnez ces mots d'un geste de la main...

le haut, le bas, le tout autour...

 

Certains y verront le signe de la croix...

D'autres un simple signe d'humanité...

 

Ou peut-être tout simplement, un signe comme un signal...

Celui de perdre un peu de nos certitudes...

De ne plus attendre de réponses uniques et immédiates...

De ne plus seulement espérer que les choses aillent mieux mais peut-être surtout qu'elles aient un sens...

De constater humblement notre vraie appartenance à l'énigme et au mystère...

Et si tout cela devait se fêter ?  Se célébrer ? Ensemble ?

 

Il y a un autre monde, il est dans celui-ci disait le poète Eluard...

Il y a un autre monde, il commence dans celui-ci, disait un certain Jésus.

 

Ouvrons grandes les fenêtres de ce monde !

 

Laissons l'amour y entrer à tout va !

Laissons la vie y pulser à tout va !

 

Et laissons le vent de Pâques y semer l'Espérance et la Fête de la Vie offerte.

 

Douce vie à vous.      

 

C'est bon que vous soyez là.                              

 

                                                                          Philippe Vauchel